Oui, techniquement, et ce n’est pas la bonne question. Place Ville Marie, la Tour du Parc olympique et la croix du Mont-Royal ont toutes eu, à un moment, un système d’éclairage capable de changer de couleur. Ce qui les distingue n’est pas le matériel : c’est ce que chacune a décidé d’en faire — et les trois réponses vont d’un usage permis à une politique publiée, puis à une interdiction. Les trois ont répondu différemment, et la troisième a répondu non.
Place Ville Marie : la couleur vit dans le soffite
La conception lumière de la tour cruciforme est signée par la firme Ombrages. Le fabricant Lumenpulse décrit l’installation sur sa fiche de projet : « La conception lumière est obtenue à l’aide de plus de 400 luminaires Lumencove Exterior Direct View et Lumenfacade, chacun étant contrôlé individuellement pour permettre la création de scénarios lumineux en temps réel. » La même fiche détaille le devis : 224 Lumenfacade RGBW et 224 Lumencove Exterior RGBW, avec un système de contrôle Pharos.
Les deux familles ne font pas le même travail. Les Lumenfacade « soulignent la couronne de l’édifice en l’effleurant », tandis que les Lumencove « projettent leur lumière vers l’extérieur afin d’ajouter une proéminence à l’ensemble, à la manière d’une balise ».
Mais la phrase qui devrait retenir l’attention d’un propriétaire est celle-ci : « L’ajout d’un nouvel éclairage du soffite à couleurs changeantes, sous la balise, rehausse l’illustre grandeur de l’édifice et lui permet de souligner les jours fériés, les occasions spéciales et le passage des saisons. »
Un soffite, des couleurs changeantes, un calendrier d’occasions. C’est la logique d’une ligne d’éclairage extérieur sur une maison, à une autre échelle. À Place Ville Marie, c’est tout ce que dit la source : le fabricant décrit un usage permis. Ce que les deux autres monuments ajoutent, c’est une règle écrite — qui dit qui peut demander une couleur, et quand.
La Tour du Parc olympique : un défaut programmé, des exceptions permises
En mai 2014, le Parc olympique dévoilait le deuxième volet de l’éclairage extérieur de la Tour, sur son échine, là où monte et descend le funiculaire. Le concept global est une création de deux designers montréalais, Daniel Fortin et Gilles Arpin, et s’ajoutait à une première phase réalisée dans la niche à l’été 2013. Une troisième phase, dans le diadème au sommet, était alors annoncée comme prévue.
L’installation de l’échine compte « 152 luminaires installés tout au long de l’échine de la Tour, le tout étant contrôlé à distance », selon le Parc olympique. Claude Alarie, d’Éclairage Public, y décrivait l’étendue du contrôle : « On peut décider de la séquence d’éclairage, des couleurs, de la durée, des effets, bref, toutes les possibilités sont envisageables. Les options sont infinies. » Les luminaires de 60 watts annoncés à l’époque avaient « une durée de vie d’une vingtaine d’années » et devaient résister « à toutes les intempéries, de la chaleur intense au froid polaire ».
Des possibilités infinies, donc. Et pourtant, la politique générale d’éclairage que le Parc olympique publie aujourd’hui précise ce que la Tour fait de cette liberté lorsqu’elle est allumée : « Les couleurs habituellement programmées seront le bleu et le blanc, couleurs du Québec. » Les exceptions passent par un calendrier : « Un calendrier d’illumination annuel souligne les fêtes nationales, les événements d’envergures et les autres événements significatifs à l’aide d’un thème de couleurs dédié pour la Tour de Montréal. »
Un défaut, puis une exception. C’est une règle complète en deux phrases.
Et la Tour va plus loin que le calendrier : elle publie qui a droit de demander une couleur. La « politique d’éclairage thématique spécial pour la Tour de Montréal est dédiée à des organismes à but non lucratif incluant, notamment, des fondations reconnues », tandis que « les demandes à caractère religieux, idéologique, politique […] sont refusées », comme « les demandes commerciales (ex : lancement de produit, événements corporatifs, etc.) et les demandes personnelles (ex : mariage, anniversaires, retraite, etc.) ».
Et elle nomme qui tranche. « Le comité d’évaluation des demandes d’éclairage spécial examine, notamment », dit la politique, « la nature de la cause », « la façon dont l’éclairage est utilisé au profit de la cause et/ou de l’événement », « le respect du symbolisme ainsi que de l’intégrité de la Tour de Montréal et son lien avec la cause et/ou l’événement » et « la diversité des causes dans une même année civile ». Les demandes se font au moins 60 jours à l’avance, et la réponse écrite suit « dans la mesure du possible, dans les 30 jours ».
Retiens cette liste — et ce comité. Ensemble, ils sont une deuxième réponse, écrite, au problème qui a fait basculer la croix.
À noter, par ailleurs, que la Tour est elle aussi dans le noir en ce moment : « L’éclairage de la Tour de Montréal (niche et échine) est suspendu jusqu’en mai 2027 », en raison de travaux de rénovation des espaces touristiques, et le formulaire de demande est désactivé d’ici là. (Les détails techniques plus haut décrivent le projet tel qu’annoncé en 2013 et 2014, pas nécessairement l’équipement en place aujourd’hui.)
La croix du Mont-Royal : la capacité date de 1992, l’interdiction de 2010
À l’origine, selon la Ville de Montréal, « la structure métallique en acier de 26 tonnes était illuminée par 240 ampoules qui en dessinaient le pourtour ». Changer la couleur de la croix voulait alors dire changer les ampoules une à une. La Ville est précise sur ce point : le remplacement par un système à fibre optique en 1992 « a permis de modifier la couleur de l’illumination sans avoir à changer manuellement toutes les ampoules ce qui prenait deux heures auparavant ».
La couleur venait de passer de travaux manuels à une commande. Et c’est ici que l’histoire cesse de ressembler à celle des autres : cette nouvelle fonctionnalité « a été utilisée à deux reprises », dont une fois en pourpre au décès de Jean-Paul II en 2005.
Le système a d’ailleurs changé depuis : éteinte depuis le 19 septembre 2008, la croix « fut de nouveau illuminée le 4 février 2009 à l’aide d’un système d’éclairage au DEL », et la Ville ne dit rien de la couleur que ce système-là peut produire.
Deux fois. Puis, en mai 2009, un groupe de travail de la Table de concertation du Mont-Royal a été mandaté pour encadrer le sujet, « en réponse aux nombreuses demandes de modifier ponctuellement son illumination afin de marquer un événement important, une fête ou encore une manifestation particulière ». Le 12 mai 2010, la Ville adoptait « une résolution afin que l’éclairage de la croix soit de couleur blanche en permanence et, qu’en aucun temps, un changement de couleur ne soit autorisé pour souligner un événement comme cela avait été fait par le passé ».
La raison invoquée n’a rien de technique. La Ville cite « le risque de voir banaliser la signification essentielle de la croix par la multiplicité et l’hétérogénéité des événements », et veut éviter « toute dérive, la difficulté d’arbitrage qui y serait associée et les inévitables insatisfactions résultant de refus ».
Autrement dit : le problème n’était pas de produire la couleur. Le problème était de décider, chaque fois, qui a droit à sa couleur — et de dire non au reste.
La croix est d’ailleurs en travaux. Le Devoir rapportait le 3 juin 2026 que le comité exécutif de la Ville avait autorisé « une dépense de près de 3,8 millions de dollars », dont un contrat de 3,1 millions à Constructions ConCreate ltée, seul soumissionnaire. Son système d’éclairage est « en fin de vie » et le contrat prévoit « le remplacement de l’ensemble du système d’éclairage ». L’éclairage a été éteint le mardi 29 septembre 2026 — CBC a précisé cette date dans une correction ajoutée à son propre reportage —, le nouveau système doit entrer en fonction à l’automne 2027 et le chantier se terminer au printemps 2028. Le même article rappelle que lors de la cession de la croix en 1929, la Ville s’est engagée « à maintenir à perpétuité ce monument non seulement en existence, mais en bon état d’éclairage ».
Ce que les trois règles ont en commun
La capacité n’est pas la décision.
Les trois ont eu un système capable de faire de la couleur. Ce qui les sépare, c’est ce que chacune a tranché : à Place Ville Marie, la couleur est un usage permis que décrit son fabricant, la Tour tient un défaut bleu et blanc dont les exceptions sont inscrites dans une politique publiée, et la croix s’interdit la couleur en permanence par la résolution de la Ville du 12 mai 2010. Deux des trois l’ont mis par écrit. Aucune de ces trois réponses ne découle du matériel installé. Ce sont des choix, et quelqu’un les a tranchés une fois pour toutes plutôt que cas par cas.
Deux d’entre elles sont d’ailleurs éteintes ce soir : la croix depuis le 29 septembre 2026 — le journal The Suburban rapportait le 9 octobre 2026 qu’elle était dans le noir, fermée pour réparations — et la Tour, dont l’éclairage est suspendu pour sa propre rénovation, jusqu’à l’automne 2027 dans un cas et jusqu’en mai 2027 dans l’autre. Ça dit quelque chose de plus simple que n’importe quelle spécification : un éclairage architectural est un équipement, il a une fin de vie, et il se remplace.
Sur une maison, la question du jour de l’installation n’est donc pas « est-ce que ça peut faire de la couleur ». C’est : qu’est-ce qui est allumé tous les soirs, et qu’est-ce qui est l’exception?
C’est précisément la conversation de la visite à domicile. Elle dure environ 40 minutes, elle est gratuite, et une bonne partie se passe à marcher la propriété avec toi pour discuter de ce que tu veux voir éclairé tous les soirs — avec une démonstration, puis la soumission du projet complet présentée ligne par ligne, et les mesures à la fin. Le défaut se décide là. Les scènes des fêtes sont l’exception, pas l’inverse.
Et la leçon de la croix vaut pour une maison comme pour une montagne : la partie difficile n’est pas de produire la couleur, c’est de décider à l’avance quand elle sort. Une règle tranchée une fois t’évite de rouvrir le débat chaque mois de décembre. Si tu veux voir à quoi ressemble un défaut bien choisi, nos projets sont la meilleure illustration.
Questions fréquentes
La croix du Mont-Royal est-elle vraiment toujours blanche?
Blanche par règle, oui : le 12 mai 2010, la Ville de Montréal a adopté une résolution pour que son éclairage soit « de couleur blanche en permanence », et qu’aucun changement de couleur ne soit autorisé pour souligner un événement. Avant cette résolution, la couleur avait été modifiée à quelques reprises, notamment en pourpre au décès de Jean-Paul II en 2005. À noter cependant que la règle porte sur la couleur, pas sur la continuité : l’éclairage a été éteint le 29 septembre 2026 pendant le remplacement du système, avec un retour annoncé à l’automne 2027.
Pourquoi la Ville a-t-elle interdit la couleur sur la croix?
Pas pour une raison technique. La Ville évoque le risque de « banaliser la signification essentielle de la croix » à force de multiplier les événements, et cite explicitement « la difficulté d’arbitrage » et « les inévitables insatisfactions résultant de refus ». C’est un problème de gouvernance, pas d’équipement.
La croix est-elle éteinte en ce moment?
Oui. Son éclairage a été éteint le 29 septembre 2026 pour permettre le remplacement complet d’un système « en fin de vie » : Le Devoir rapportait la décision du comité exécutif le 3 juin 2026, et le journal The Suburban rapportait le 9 octobre 2026 que la croix était dans le noir, fermée pour réparations. Le nouveau système est annoncé pour l’automne 2027, et le chantier doit se terminer au printemps 2028.
Un éclairage de maison peut-il vraiment faire comme Place Ville Marie?
L’idée est transférable, pas l’échelle. La fiche de projet de Lumenpulse décrit un éclairage de soffite à couleurs changeantes permettant à l’édifice de souligner « les jours fériés, les occasions spéciales et le passage des saisons » — c’est la même logique qu’une ligne permanente sur une maison : un défaut au quotidien, des scènes pour les occasions.
Par où commencer si je veux fixer mon propre défaut?
Par la visite. Elle est gratuite, dure environ 40 minutes, et sert d’abord à discuter de ce que tu veux voir éclairé tous les soirs, démonstration à l’appui, avant les mesures et la soumission du projet complet.