En partie, et pas de la façon qu’on imagine. Les meilleures données disponibles portent sur l’éclairage de rue à l’échelle d’un quartier, pas sur une maison isolée : un essai randomisé mené dans des ensembles de logements sociaux de New York a mesuré une baisse d’environ 36 % des crimes extérieurs de nuit, et ses auteurs y voient de la dissuasion. La revue systématique Campbell sur le sujet — publiée en 2008, mise à jour en 2022 — juge plus plausible une explication par le quartier que par la surveillance. Les deux raisonnements portent sur des quartiers. Personne n’a testé une maison seule. Autrement dit : éclairer ta façade est une bonne chose pour bien des raisons, et l’argument sécurité est celui à prendre avec des pincettes.
En bref
- Essai randomisé, New York : environ 36 % de moins de crimes extérieurs de nuit; environ 4 % de baisse sur l’ensemble des index crimes. Ses auteurs estiment que la dissuasion est le mécanisme le plus probable.
- Revue systématique : l’éclairage réduit la criminalité, mais les crimes de nuit ne baissent pas plus que ceux de jour.
- Conséquence : les auteurs de la revue jugent la fierté et le contrôle social informel du quartier plus plausibles que la dissuasion visuelle. Les deux études ne s’entendent pas, et ça vaut la peine de le savoir.
- Un contre-exemple réel : à Chicago, une évaluation a mesuré une hausse des infractions déclarées après l’amélioration de l’éclairage des ruelles.
- Au Canada : le taux d’introductions par effraction est en baisse depuis trois ans.
Ce que l’essai de New York a réellement mesuré
En 2016, un essai contrôlé randomisé a été mené dans des ensembles de logements de la New York City Housing Authority, avec du nouvel éclairage attribué au hasard à une partie des sites et pas à l’autre. Selon le Crime Lab de l’Université de Chicago, l’augmentation de l’éclairage a mené à une réduction de 36 % des « index crimes » survenus dehors, la nuit, et à une baisse d’environ 4 % de l’ensemble des index crimes.
Deux choses à retenir. C’est un des rares essais randomisés sur le sujet, donc le résultat est solide. Et il porte sur de l’éclairage public ajouté à l’échelle d’un site complet, pas sur une lumière installée par un propriétaire sur sa propre maison.
Et une troisième, qui va contre le reste de cet article — mieux vaut l’apprendre de nous que la découvrir tout seul. Quand l’essai a été publié dans le Journal of Quantitative Criminology, les auteurs y ont ajouté une analyse des arrestations et ont conclu que la dissuasion est le mécanisme le plus probable derrière la baisse de la criminalité. C’est la meilleure preuve qui existe que l’éclairage dissuade. C’est aussi une preuve qui porte sur des lampadaires attribués au hasard à 40 ensembles de logements sociaux — pas sur une lumière au-dessus d’une corniche.
Le résultat inconfortable : l’effet ne serait pas la surveillance
La revue systématique Campbell de Welsh et Farrington sur l’éclairage de rue, publiée en 2008, conclut que l’éclairage amélioré réduit la criminalité de façon significative. Mais elle relève aussi que les crimes de nuit n’ont pas diminué davantage que les crimes de jour, ce qui, selon les auteurs, rend plus plausible une explication par la fierté collective et le contrôle social informel qu’une explication par la surveillance et la dissuasion.
Et ce n’est pas un vieux résultat laissé de côté. Les mêmes auteurs ont publié une mise à jour en 2022, portant sur 21 études étalées sur près de 50 ans, qui arrive au même endroit : les baisses étaient plus fortes dans les études qui comptaient les crimes de jour en plus de ceux de nuit.
C’est important, parce que c’est exactement l’inverse de l’argument de vente habituel. Si l’effet venait du fait qu’un voleur voit qu’il serait vu, les crimes de nuit auraient dû baisser bien plus que ceux de jour. Ce n’est pas ce que les données montrent.
Et le cas où l’éclairage n’a pas aidé
En 2000, l’évaluation finale du Chicago Alley Lighting Project a rapporté que les infractions déclarées ont augmenté dans le secteur expérimental où l’éclairage des ruelles avait été amélioré, sur un an, et sur six mois par rapport au secteur témoin. Les auteurs, Morrow et Hutton, écrivent qu’ils ne peuvent pas expliquer ce résultat de façon définitive.
Une hausse des infractions déclarées n’est pas forcément une hausse des infractions commises — les gens signalent peut-être davantage ce qu’ils voient mieux. Mais c’est précisément pour ça qu’il faut se méfier des raccourcis dans les deux sens.
Ce que disent les chiffres
Selon Statistique Canada, le taux d’affaires d’introduction par effraction déclarées par la police a diminué de 11 % en 2025, pour s’établir à 264 affaires pour 100 000 habitants au pays. Au Québec, l’indice de gravité de la criminalité s’est établi à 61,6, en baisse de 5,1 %.
Ces chiffres ne disent rien sur ton éclairage. Ils disent seulement que la peur est un mauvais point de départ pour une décision d’aménagement.
Alors, à quoi sert vraiment un éclairage de façade ?
À voir où tu mets les pieds sur un escalier verglacé en janvier. À reconnaître qui est à la porte. À ce que ta maison ne soit pas un trou noir entre deux lampadaires à 17 h en novembre. Ce sont des bénéfices réels, mesurables à l’œil, et ils n’ont pas besoin d’une statistique criminelle pour se défendre.
Un système permanent règle aussi une chose que des projecteurs à détecteur ne règlent pas : la lumière est constante, orientée vers le bas, et elle ne s’allume pas en pleine face du voisin chaque fois qu’un chat passe. La page d’éclairage extérieur montre comment le rail se pose sous le soffite, et l’éclairage paysager couvre les allées et l’entrée.
Où mettre ton argent si la sécurité est ton seul objectif
Ailleurs. On mettrait l’argent dans une serrure de qualité, une porte renforcée, une caméra bien placée et un voisin qui ramasse ton courrier avant de le mettre dans une ligne de lumière sur ta corniche.
On préfère le dire clairement : achète un éclairage permanent parce que ta maison sera belle, utilisable et éclairée 365 soirs par année. Si tu l’achètes comme système de sécurité, tu paries sur quelque chose que personne n’a testé à l’échelle d’une seule maison.
Questions fréquentes
Est-ce qu’un éclairage allumé toute la nuit dissuade un cambrioleur ? La recherche disponible ne permet pas de l’affirmer pour une maison isolée. Tous les effets mesurés portent sur l’éclairage public à l’échelle d’un quartier, et les chercheurs ne s’entendent pas sur le mécanisme : les auteurs de l’essai de New York penchent pour la dissuasion, ceux de la revue systématique pour un effet de quartier.
Est-ce qu’un détecteur de mouvement est plus efficace qu’une lumière constante ? Aucune des études citées ici ne compare les deux. Ce qu’on voit sur le terrain, c’est qu’un détecteur mal orienté éclaire chez le voisin et finit souvent débranché.
Est-ce que ça peut faire baisser ma prime d’assurance ? Ça dépend entièrement de ton assureur, et nous n’avons pas de source pour l’affirmer. Pose la question directement à ton courtier.
Pourquoi les crimes de nuit n’ont-ils pas baissé plus que ceux de jour ? C’est l’observation clé de la revue systématique, et les auteurs y voient un effet de quartier plutôt qu’un effet de visibilité nocturne.
Est-ce que ma ville est desservie ? La liste complète des municipalités est sur la page zone desservie, et les définitions de produits sont dans la FAQ.